Archive | octobre, 2013

Oh Baby, We’ll Be Old

30 Oct

Vous le savez sans doute, et si vous ne le savez pas, je vais vous demander de quitter cette page, mais j’ai horreur du premier degré. Ce discours linéaire et sans fantaisie donnant l’impression qu’on prêche la bonne parole et qu’aucune autre pensée ne mériterait le demi d’un quart d’intérêt m’a toujours gonflé. J’aime quand, à un moment donné, une pirouette se glisse dans cette langue de bois, une fantaisie nait dans les yeux du protagoniste et permet un certain détachement, nécessaire voire même vital pour moi. Les premiers billets de ce blog vous avaient mis sur la voie, je vous l’accorde. Mais aujourd’hui, je vais me sacrifier sur l’autel du premier degré car je ne trouve aucune autre façon de parler de cet événement, tragique s’il en est, qu’est la disparition d’une des mes idoles: monsieur Lou Reed.

Jeune adolescent, je m’amusais à piquer les Ray-Ban Aviator de mon père, à prendre une guitare trop grande pour moi et à chanter « Walk On The Wild Side » devant la glace de ma chambre, avec une voix hésitant encore entre la soprano d’opéra et le fumeur de gitanes sans filtres. Je mettais des t-shirts à l’effigie du Velvet Underground (la fameuse banane de Warhol), je peinais à rentrer dans un jean slim et j’avais encore cette naiveté de penser que je pouvais être de ceux là, de ces dieux inaccessibles au goût prononcé pour la débauche et le rock. Je fumais des clopes et de l’herbe en écoutant « Sweet Jane » avec ma copine de l’époque, Marie, en tentant de refaire le monde tout en pestant contre ce dernier, me demandant pourquoi on préférait la dernière bouse capitaliste disponible sur le marché à cette merveille. Je fantasmais devant Nico, prémices de mes premiers émois adolescents, espérant devenir l’homme convoité dans « Waiting For The Men » tout en ignorant tout de l’héroine, la mienne me faisant rêver par ses jambes et cette chevelure blonde, si bien que je cherchais dans mon entourage celle qui pouvait mettre de telles bottes avant de me botter le cul ou autre chose. Je pleurais mon chagrin d’amour du mois en me lamentant sur « Coney Island Baby » et me mettant à envier Robinson Crusoé sur son île déserte, île sur laquelle je voulais m’exiler et soigner mon pauvre petit coeur de rocker, ou encore m’égarer à Berlin afin de me transformer en animal rock’n’roll.

Avec Lou Reed, c’est donc toute une partie de moi qui s’envole avec lui, me laissant avec tant d’autres orphelin d’une époque de notre vie où l’espoir étant encore permis, l’inaccessible encore possible et où rien ne comptait plus que de se laisser porter par ses mélodies, sa voix d’homme blessé et son incroyable aura. Du premier album du Velvet, on disait qu’à sa sortie, seules 1000 personnes l’avaient acheté, mais toutes avaient formé un groupe par la suite. Si ces tentatives ne furent souvent pas bien fructueuses, tout néophyte aura néanmoins caressé le rêve de marcher sur les empreintes de celui qui faisait son admiration, et tant pis si on le prenait pour un dingue. Au moins, il se sera rapproché de son idole sur ce point.

Salut Lou, et à un de ces jours.

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Comment j’ai renfloué mon égo

19 Oct

En ce samedi 19 octobre, à l’heure où les ramenards dans mon genre peaufinent encore leurs mèches ondulées afin de paraitre plus présentable que son voisin à la soirée branchée du coin, espérant ramener autre chose que des relevés de carte bancaire, serait ce une fille ou une cuite, je me prépare à renouveler mon blog pour la 300e fois, ce qui équivaut à autant de revirements qu’un militant UMP à propos du Front National. En effet, dans un monde où nous avons la chance de pouvoir nous exprimer en totale liberté sur la toile, prenant le risque de subir les sarcasmes de connards pré-pubères, et vas y que je ne suis pas d’accord, et vas y que je pense ça, et vas y que je t’emmerde; bref, à l’heure de l’avènement 2.0, voilà la plateforme idéale pour faire part de ses indignations, de ses réjouissances et autres avis en tout genre.

Et il y en a des choses à dire en 2013, des choses qui se passent, des hommes politiques qui se bouffent entre eux, des paroles libérées qui foutent les jetons, il y aurait tant à écrire sur les valeurs de certains, les coups de sang de l’autre, et d’ailleurs personne ne s’en prive! Il n’y a qu’à voir Twitter où le dernier des abrutis shooté à Maitre Gims peut s’épancher en toute impunité sur le sort des sans papiers kosovares (ou italiens, on ne sait plus), alors que ses mains semblent plus fatiguées par des heures de masturbation compulsive plutôt que par le feuilletage du dernier Alain Minc. Ah, qu’elle est belle, la démocratie du web! Pouvoir enfin se lâcher, balancer toutes nos réflexions, fussent elles à chier. Taper sur une émission de télé, pourquoi se priver? Après tout, ils gagnent du pognon, et des tonnes en plus, alors ils pourraient au moins nous laisser les insulter, ces feignasses trop payées, ces bobos qui se retrouvent au Café de Flore en sirotant des mojitos sous le soleil, précisément! De plus, ce merveilleux outil nous permet de rester anonyme, afin d’éviter un fichage, devrais je dire un flicage pouvant laisser l’augmentation que nous avons demandée au patron nous passer sous le nez. C’est qu’il est flippant monsieur Dufion, il serait capable de nous espionner pour nous enfoncer quand on ose ouvrir notre bouche! Gardons la fermée et utilisons nos doigts, ce qui nous fera économiser de la salive lorsqu’on dira à notre connasse de femme que le vin est bouchonné et le rôti pas assez cuit.

Après avoir lu ce paragraphe, vous constaterez non sans mal que l’on peut dire beaucoup de bêtises sur internet, et que j’ai donc décidé d’y ajouter les miennes. Pourquoi, me direz vous? Après tout, que faire de l’avis d’un étudiant d’à peine plus de 20 ans, parisien et donc méprisant, faussement cultivé et prêt à tout pour accrocher la culotte de la première pucelle venue sur le mur de sa chambre? Quel intérêt? Tu t’es regardé, toi? A cet âge là, on ne pense pas, on en est qu’aux premiers balbutiements philosophiques, on est manipulé par son entourage, incapable de distinguer la réalité de l’utopie! C’est précisément là que réside l’objet de ma démarche: si tu t’en fous, qu’est ce que tu fais là, p’tit con? Es tu assez masochiste pour lire des choses, fussent elles brillamment écrites, dont tu te fiches comme de ta première fiche de paie? Fiché ou non, ton patron verra forcément que tu as fait un tour ici, tant ce blog cartonnera auprès de toute la blogosphère de par sa prose, me permettant de renflouer mon égo dans les bars que je fréquentais jadis tel un anonyme.

Ca sert peut être à ça finalement, internet. Sortir de l’inconnu en racontant des conneries pour se faire remarquer. Si la véritable finalité est là, permettez moi de faire de même, en essayant tout de même de rendre mes pensées agréables à l’oeil, en apportant une imagination, un degré, un esprit que tout le monde n’a peut être pas, tout simplement car quand on a 21 ans, des rêves plein la tête et des choses à dire, la meilleure façon de réaliser ses fantasmes reste encore de les partager.