Oh Baby, We’ll Be Old

30 Oct

Vous le savez sans doute, et si vous ne le savez pas, je vais vous demander de quitter cette page, mais j’ai horreur du premier degré. Ce discours linéaire et sans fantaisie donnant l’impression qu’on prêche la bonne parole et qu’aucune autre pensée ne mériterait le demi d’un quart d’intérêt m’a toujours gonflé. J’aime quand, à un moment donné, une pirouette se glisse dans cette langue de bois, une fantaisie nait dans les yeux du protagoniste et permet un certain détachement, nécessaire voire même vital pour moi. Les premiers billets de ce blog vous avaient mis sur la voie, je vous l’accorde. Mais aujourd’hui, je vais me sacrifier sur l’autel du premier degré car je ne trouve aucune autre façon de parler de cet événement, tragique s’il en est, qu’est la disparition d’une des mes idoles: monsieur Lou Reed.

Jeune adolescent, je m’amusais à piquer les Ray-Ban Aviator de mon père, à prendre une guitare trop grande pour moi et à chanter « Walk On The Wild Side » devant la glace de ma chambre, avec une voix hésitant encore entre la soprano d’opéra et le fumeur de gitanes sans filtres. Je mettais des t-shirts à l’effigie du Velvet Underground (la fameuse banane de Warhol), je peinais à rentrer dans un jean slim et j’avais encore cette naiveté de penser que je pouvais être de ceux là, de ces dieux inaccessibles au goût prononcé pour la débauche et le rock. Je fumais des clopes et de l’herbe en écoutant « Sweet Jane » avec ma copine de l’époque, Marie, en tentant de refaire le monde tout en pestant contre ce dernier, me demandant pourquoi on préférait la dernière bouse capitaliste disponible sur le marché à cette merveille. Je fantasmais devant Nico, prémices de mes premiers émois adolescents, espérant devenir l’homme convoité dans « Waiting For The Men » tout en ignorant tout de l’héroine, la mienne me faisant rêver par ses jambes et cette chevelure blonde, si bien que je cherchais dans mon entourage celle qui pouvait mettre de telles bottes avant de me botter le cul ou autre chose. Je pleurais mon chagrin d’amour du mois en me lamentant sur « Coney Island Baby » et me mettant à envier Robinson Crusoé sur son île déserte, île sur laquelle je voulais m’exiler et soigner mon pauvre petit coeur de rocker, ou encore m’égarer à Berlin afin de me transformer en animal rock’n’roll.

Avec Lou Reed, c’est donc toute une partie de moi qui s’envole avec lui, me laissant avec tant d’autres orphelin d’une époque de notre vie où l’espoir étant encore permis, l’inaccessible encore possible et où rien ne comptait plus que de se laisser porter par ses mélodies, sa voix d’homme blessé et son incroyable aura. Du premier album du Velvet, on disait qu’à sa sortie, seules 1000 personnes l’avaient acheté, mais toutes avaient formé un groupe par la suite. Si ces tentatives ne furent souvent pas bien fructueuses, tout néophyte aura néanmoins caressé le rêve de marcher sur les empreintes de celui qui faisait son admiration, et tant pis si on le prenait pour un dingue. Au moins, il se sera rapproché de son idole sur ce point.

Salut Lou, et à un de ces jours.

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