Archive | novembre, 2013

You May Say I’m A Dreamer, But I’m Not The Only One

6 Nov

En m’asseyant à mon bureau tout en allumant mon ordinateur, après avoir passé une nuit blanche dans une boîte branchée parisienne (pléonasme) et m’être saoulé avec une demi-douzaine de vodkas pomme, une réflexion inhérente à mon état mais justifiée eu égard de mon intelligence me traversa l’esprit: pourquoi suis je incapable de supporter tout ce bordel ambiant autour de moi et de millions de français, subissant chaque jour du chômage, de la précarité, du racisme, de la crise en pagaille, des manifs en veux-tu en voilà. Moi qui ai tout de même consacré 3 ans de ma vie à des études étroitement liées à tous ces faits divers et variés, en côtoyant des personnes qui étaient prêtes à sacrifier leur vie pour défendre une conviction, devenant au passage insupportables à la moindre réserve, guettant la moindre faille pour m’enfoncer leurs arguments semblables soudain à de véritables pieux, les planter en moi, pauvre petit vampire qui ne ferait même pas de mal à un hémophile. Voilà pourquoi ce soir, j’ai décidé de parler de toute l’actualité, pour prouver à toutes ces Buffy que je suis prêt moi aussi à mourir pour des idées.

J’ai donc arpenté tous les sites d’actualité, les quotidiens nationaux, régionaux, départementaux, les hebdos, les mensuels, les magasines d’économie, Moto-Cross Annuel et le tract du parti radical des sans papiers bulgares. Autant vous dire qu’à chaque nouvelle lecture, mon ambition démesurée de jeune révolté réécrivant l’Internationale de demain coincé dans le RER s’est vite transformée en dépression caractérisée d’un étudiant chômeur à la fac de lettres de Dijon. Mais quel bordel! Des journalistes exécutés, des Bretons qui font la Révolution, la marque Banania qui fait son retour dans les Manifs pour Tous, les Américains qui espionnent nos conversations sur l’achat des cadeaux de Noel, des PDG de foot qui font grève, merde! Autant vous dire que mon érection idéologique miraculeuse s’en est vite retrouvée amoindrie. Tandis que je lisais le dernier rapport de la Crif sur l’antisémitisme inconscient chez les profs de maths ménopausées, le doux son d’une mélodie parvint à mes oreilles. Je me suis alors levé pour tenter d’identifier sa source, tel un somnambule, pour m’apercevoir qu’elle provenait de mon casque relié à mon mp3, qui avait eu le temps de faire défiler l’intégrale de ma playlist. Je me suis allongé sur mon lit, j’ai enfilé ces mini enceintes et me voilà plongé durant plusieurs heures dans un océan de guitares, de voix éraillées et de lignes de voix divines. Plus rien ne comptait à ce moment là, il pouvait pleuvoir du facho, neiger du lacrymo, ma combinaison musicale était suffisamment imposante pour me protéger des tempêtes médiatiques.

La batterie de mon appareil finit par s’épuiser, au moment où je finissais l’écoute de cet album déjà entendu des milliers de fois, mais qui me procurait toujours la même jouissance corporelle. C’est ainsi que je finis par me rendre à l’évidence, comprenant enfin pourquoi tous ces gens rencontrés durant mon parcours universitaire avaient fini par boire tout mon sang. Devant une réalité si oppressante, des inégalités qui ne cessent de se creuser, des boucs-émissaires montrés du doigt en place publique, je préfèrerai toujours à ces faits réels l’évasion auditive. C’est peut être lâche, voire totalement immature, mais dans ce concert perpétuel de mauvaises nouvelles, heureusement qu’il reste un peu de rêve qu’aucun homme politique ne parviendra à m’offrir.

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