One For The Road

4 Déc

Il n’est jamais chose aisée que de revenir après une longue absence. Quelle tâche ardue que de combler un manque affectif proportionnel au nombre de jours passés sans l’autre, s’excuser à genoux, rentrer la queue basse (si l’on peut dire), le regard aussi vide que le cerveau de Nabilla, promettre des choses qu’on ne pourra jamais tenir, aussi sincères soient elles, puisque de toutes façons, le naturel reviendra toujours galoper sur les plates-bandes de nos artifices. Bref, en reprenant ce blog après presque 1 mois sans aucune publication, je sens soudain vos regards de malades compulsifs me dévisager avec mépris et insistance. Me voilà pris dans les mailles du filet d’une Toile qui réclame son lot de mots qui font clash, buzz et oups, avide de débats sur la compétence intellectuelle de footballeurs kidnappés à 15 ans par un centre de formation et qui, grand mal leur en fasse, ne savent même pas épeler le mot « hippopotame » et chanter l’hymne national. Il va falloir alterner caustique, méchanceté gratuite tout en « mal-pensance », taper sur tout ce qui bouge et même ce qu’il ne bouge plus (salut, Paul Walker) pour donner tout ça en pâture à vous, chers drogués du web.

Sauf que moi, je n’en ai pas envie. Je tombe mal me direz vous, et ceux qui me côtoient connaissent bien mon goût prononcé à cracher systématiquement sur tout ce qui est « mainstream » et à me lamenter sur une société qui fait disparaitre progressivement tout ce que j’aime. Demandez donc à un éditeur s’il se porte bien, auquel cas il vous répondra avec la même délicatesse que celle d’un ouvrier de chez Peugeot dont l’usine est condamnée à fermer, et où un patron a bien failli se faire la malle, fut elle remplie de millions d’euros; osez lancer le débat avec un projectionniste sur la fréquentation des cinémas de France et il vous enverra aller voir chez les Grecs s’ils y sont (encore); séquestrez un directeur artistique de label pour lui faire avouer tout le bien qu’il pense du téléchargement illégal et des artistes qu’il est obligé de signer pour réaliser quelques menus bénéfices; comparez enfin les unes des newsmagazines qui ne sont plus à une (deux, trois, quatre) contradiction(s) près, capables de faire élire un homme à la tête de l’Etat et de le sodomiser avec une branche d’arbre de la forêt amazonienne deux mois plus tard. Bref, je pourrai passer des heures entières à pisser dans un violon et en enfonçant des portes déjà ouvertes qui laissent filer les bruits de chiotte en tous genres.

Peine perdue, donc. Car ce long mois d’absence, je l’ai passé au Zénith de Paris ,à écouter des artistes merveilleux qui savent soulever une foule en bougeant ne serait ce qu’un orteil, et qui laissent entendre que non, nous ne sommes pas foutus et que nous avons encore le droit de rêver ne serait ce que pendant deux heures. 120 minutes (de bonheur) au cour desquelles nous pouvons tout nous permettre: danser, embrasser son voisin de gauche, sauter dans tous les sens, s’égosiller comme un puceau sans avoir peur de passer pour un illuminé. Dans ce concert quotidien de langues de vipères, je suis ravi de croire à des lendemains qui chantent.

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