Archive | février, 2014

Ellen et les garçons

26 Fév

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Devant le succès quasi Gravitien de ce blog, je me vois dans l’obligation pour les semaines à venir de m’imposer une véritable hygiène de travail, à base de poudre blanche et d’exercices de doigté en tous genres afin d’augmenter la fréquence de ces billets, dont l’aisance stylistique m’a permi de racheter la virginité médiatique de Julie Gayet vendue aux enchères. Cela étant, vous vous êtes sans doute aperçu, brillants lecteurs que vous êtes, que je fonctionnais à l’instinct, à la réaction plutôt qu’à la prise d’initiative, et que beaucoup de mes écrits faisaient écho à des choses qui m’avaient marquées, contre lesquelles je m’embourbais dans des lignes diverses et variées afin d’exprimer mon point de vue qui n’est autre que celui d’un cyber-branleur qui n’a même pas encore un quart de siècle. Or, à l’heure où Le Nouvel Observateur s’inspire de Closer (et non l’inverse), les faits d’actualités se succèdent à un rythme aussi effréné que celui d’un cycliste italien, si bien que ce qui nous interpellait la veille est vite remplacé par une nouvelle indignation reprise en boucle par l’ensemble des médias et d’une toile avide de sang et de chair. Comment voulez vous que le jeune surdoué que je suis s’y retrouve entre toutes les activités qu’il exerce? C’est un coup à finir interné en hôpital psychiatrique avec Dieudonné! Oui, pardonnez moi d’avance si cet ancien humoriste à la peau burinée par le soleil des îles et le cerveau brûlé par la bêtise revient tel un gimmick dans mes futurs billets, mais il faut bien que je me fédère un public ET des détracteurs.

Ainsi, en me creusant la cervelle (ce qui est plus pratique que sa tombe) sous vos yeux fatigués par des heures de visionnage de vidéos à la con, je m’aperçois que je risque de vous user jusqu’à l’écoeurement satirique à force de me prendre pour je ne sais quel pamphlétaire moderne. Je m’apprêtais donc à user mes doigts d’une autre façon lorsque je reçus un coup de téléphone. Il s’agissait d’une connaissance dont je partageais à la fois les goûts musicaux, littéraires et féminins, ce qui a pu parfois nous amener à nous défoncer la gueule à coups de flashballs.
 » Matthieu! me sanglota-t il, des trémolos dans la voix. C’est la CATASTROPHE. Ellen Page est gouine!
– Pardon? lui rétorquais-je, estomaqué.
– Tu m’as bien entendu. Elle l’a annoncé cette nuit lors d’un discours pour lutter contre l’homophobie.
– Tu en es absolument sûr? Elle était peut être simplement contente d’être là!
– Roh mais oui! Certes, je maitrise l’anglais aussi bien que Jean-François Copé maitrise la sincérité, mais je t’assure que j’ai bien compris ses dires.
– Bordel…
– On va devoir tout annuler. La demande en mariage, les vacances à l’Ile Maurice, le chalet à Genève, le riad à Marrakech, et du coup notre proposition de loi pour légaliser la polygamie en France. C’est foutu, tout est tombé à l’eau ce soir. »
A ces mots, j’ai raccroché, l’esprit embué par la déception et du désespoir plein mes joues. Ellen Page, les yeux de biche, le sourire timide mais tellement craquant, le génie dans « Juno », l’intensité dans « Inception », prend donc plus son pied sous les coups de langue de ses homologues féminines que sous les coups de rein de ses admirateurs les plus fidèles. Une voix remplie d’émotion et un simple discours de plusieurs minutes auront donc suffit à mettre fin aux rêves de toute une communauté. Une sincérité à fleur de peau, des mots pesés et choisis avec minutie, ce sont 20 minutes de tendres confessions et porteuses d’espoir qui ont fait le tour du monde en bien moins de 80 jours.

Tant pis, ma chère Ellen. Nous n’élèverons pas ensemble Julian et Lou, nos progénitures aimées dont le talent résultant du mélange de leurs géniteurs ne profitera à aucune académie. Nous ne construirons pas non plus ce loft New Yorkais surplombant Times Square et cachant nos désirs secrets, comme nous ne nous engagerons pas sur le terrain de la défense des dernières causes humanitaires à la mode. Tu continueras ta carrière d’actrice talentueuse tandis que j’épiloguerai de ma plume sur mes désirs refoulés de me taper ma petite soeur imaginaire dans une cave de Budapest. Sache simplement que ton courage, ta sensibilité et ta beauté, qui ont déchainé les commentaires de ceux qui refoulent tant bien que mal leur haine et leur incompréhension face à la différence, ont fait du bien à des milliers de personnes, homos comme hétéros. Et oui, tant pis pour le reste. De toutes façons, je n’aime pas le ski.

Les effets indésirables du mélange des genres ≠

13 Fév

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Cher Nicolas Ungemuth,

Vous avez longtemps été une sorte d’idole pour moi. En effet, lorsque j’écrivais encore sous placenta mes premières élucubrations shouté au Prozac, vous pavaniez fièrement votre plume dans ce magazine dont je tairais le nom (qui parle beaucoup de rock et de folk) et je me délectais à chacune de vos satires, jouissant de vos attaques acérées de maître dans l’art du démontage en règle. Je trouvais qu’il était fort intéressant et réjouissant de descendre littéralement un groupe, oui, moi (!), homme méchant que j’étais et surtout jaloux de tous ces artistes qui réussissaient à faire parler d’eux dans tous les magasines possibles et imaginables, tandis que le mien ne réussissait qu’à se produire à la MJC de Levallois-Perret. J’attendais votre article comme un catholique attendait le retour de Jésus parmi les siens, comme la pute attendait le joueur de football, comme la rockstar attendant l’overdose, et c’était avec jubilation que je recommandais vos papiers à tout mon entourage.

Qu’il me parait loin, maintenant, ce temps béni où je vous trouvais amusant. Car aujourd’hui, j’ai fini par me lasser de vos diatribes assassines, peut être car j’ai fini par développer à mon tour un esprit critique et que l’enculage de groupes qui essayent simplement de faire de la musique ressemble fort à un enculage de mouches. Vous êtes devenu une sorte de parodie de vous même, si bien que mêmes les odes au Jack Daniels de votre confrère Patick Eudeline me semblent désormais plus prenantes, et dieu sait que je n’aime pas le whisky, m’étant moi-même sodomisé le foie à 15 ans. Vous avez même poussé le vice jusqu’à écrire pour Le Figaro, comme si vous vouliez vous démarquer de toute cette presse qui parfois encense un peu trop les artistes méconnus, ce dont je veux bien convenir, mais bordel… Le Figaro, quoi! Critique rock dans le Figaro! Ne trouvez vous pas ces termes oxymoriques? C’est comme si Miley Cyrus décidait de partir en campagne pour défendre le sort des moines dans les abbayes de Westminster. Et dernièrement, votre dernière victime était le groupe Fauve ≠, cible idéale pour tous les assoiffés de sang prêt à vomir sur leur propre mère eut elle le malheur d’être en couv’ des Inrocks.

Mon cher Nicolas, je passerai très vite sur vos arguments tant leur pauvreté n’a d’égard que leur facilité (bouh, ils ont du succès, bouh, ce sont des bobos, bouh, les bobos les aiment, bouh, leur musique est déprimante, bouh, les Daft Punk c’est de la merde, bouh, leur signe est trop ridicule, bouh, regardez tous les gens qui les détestent sur les réseaux sociaux, bouh, bouh, bouh!). D’ailleurs, libre à vous de ne pas aimer Fauve ≠, ni Woodkid, ni tout ce qui a du succès en général ou suscite un buzz parfois disproportionné dans les médias. Simplement, quand on se réclame critique musical, écrivant de plus dans Le Figaro, ce qui d’ailleurs vous fait employer un vocabulaire rempli de poncifs que même Jean-François Copé aurait renié, lui qui a pourtant subi une ablation de l’intelligence ; bref, on est en droit d’attendre de vous une critique constructive sur l’essence même de la musique du groupe en question et non pas un crachat finalement convenu en prenant les paroles les plus crues de leurs chansons, les commentaires remplis d’intelligence qui pullulent sur les réseaux sociaux (putain, le nombre de fans de Dieudonné qui usent leur doigt pour défendre l’indéfendable!) et par la suite de jouer les vierges effarouchés quand des fans parfois trop virulents vous traitent de « haterz », comme vous l’écrivez si bien à peu près toutes les deux lignes pour nous montrer que vous êtes encore dans le coup. Mais nous ne sommes pas dupes, vous savez. Ces personnes ont également le droit d’afficher leurs préférences sans pour autant être considérées comme des bobos aux goûts de chiottes qui écouteront l’inverse de leur playlist actuelle l’année prochaine. Et pour le coup, c’est vous, cher Nicolas, qui prenez les consommateurs pour des jambons.

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