Les effets indésirables du mélange des genres ≠

13 Fév

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Cher Nicolas Ungemuth,

Vous avez longtemps été une sorte d’idole pour moi. En effet, lorsque j’écrivais encore sous placenta mes premières élucubrations shouté au Prozac, vous pavaniez fièrement votre plume dans ce magazine dont je tairais le nom (qui parle beaucoup de rock et de folk) et je me délectais à chacune de vos satires, jouissant de vos attaques acérées de maître dans l’art du démontage en règle. Je trouvais qu’il était fort intéressant et réjouissant de descendre littéralement un groupe, oui, moi (!), homme méchant que j’étais et surtout jaloux de tous ces artistes qui réussissaient à faire parler d’eux dans tous les magasines possibles et imaginables, tandis que le mien ne réussissait qu’à se produire à la MJC de Levallois-Perret. J’attendais votre article comme un catholique attendait le retour de Jésus parmi les siens, comme la pute attendait le joueur de football, comme la rockstar attendant l’overdose, et c’était avec jubilation que je recommandais vos papiers à tout mon entourage.

Qu’il me parait loin, maintenant, ce temps béni où je vous trouvais amusant. Car aujourd’hui, j’ai fini par me lasser de vos diatribes assassines, peut être car j’ai fini par développer à mon tour un esprit critique et que l’enculage de groupes qui essayent simplement de faire de la musique ressemble fort à un enculage de mouches. Vous êtes devenu une sorte de parodie de vous même, si bien que mêmes les odes au Jack Daniels de votre confrère Patick Eudeline me semblent désormais plus prenantes, et dieu sait que je n’aime pas le whisky, m’étant moi-même sodomisé le foie à 15 ans. Vous avez même poussé le vice jusqu’à écrire pour Le Figaro, comme si vous vouliez vous démarquer de toute cette presse qui parfois encense un peu trop les artistes méconnus, ce dont je veux bien convenir, mais bordel… Le Figaro, quoi! Critique rock dans le Figaro! Ne trouvez vous pas ces termes oxymoriques? C’est comme si Miley Cyrus décidait de partir en campagne pour défendre le sort des moines dans les abbayes de Westminster. Et dernièrement, votre dernière victime était le groupe Fauve ≠, cible idéale pour tous les assoiffés de sang prêt à vomir sur leur propre mère eut elle le malheur d’être en couv’ des Inrocks.

Mon cher Nicolas, je passerai très vite sur vos arguments tant leur pauvreté n’a d’égard que leur facilité (bouh, ils ont du succès, bouh, ce sont des bobos, bouh, les bobos les aiment, bouh, leur musique est déprimante, bouh, les Daft Punk c’est de la merde, bouh, leur signe est trop ridicule, bouh, regardez tous les gens qui les détestent sur les réseaux sociaux, bouh, bouh, bouh!). D’ailleurs, libre à vous de ne pas aimer Fauve ≠, ni Woodkid, ni tout ce qui a du succès en général ou suscite un buzz parfois disproportionné dans les médias. Simplement, quand on se réclame critique musical, écrivant de plus dans Le Figaro, ce qui d’ailleurs vous fait employer un vocabulaire rempli de poncifs que même Jean-François Copé aurait renié, lui qui a pourtant subi une ablation de l’intelligence ; bref, on est en droit d’attendre de vous une critique constructive sur l’essence même de la musique du groupe en question et non pas un crachat finalement convenu en prenant les paroles les plus crues de leurs chansons, les commentaires remplis d’intelligence qui pullulent sur les réseaux sociaux (putain, le nombre de fans de Dieudonné qui usent leur doigt pour défendre l’indéfendable!) et par la suite de jouer les vierges effarouchés quand des fans parfois trop virulents vous traitent de « haterz », comme vous l’écrivez si bien à peu près toutes les deux lignes pour nous montrer que vous êtes encore dans le coup. Mais nous ne sommes pas dupes, vous savez. Ces personnes ont également le droit d’afficher leurs préférences sans pour autant être considérées comme des bobos aux goûts de chiottes qui écouteront l’inverse de leur playlist actuelle l’année prochaine. Et pour le coup, c’est vous, cher Nicolas, qui prenez les consommateurs pour des jambons.

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