Sois belle et ouvre-là

17 Mar

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En ouvrant les yeux ce matin-là, après m’être enivré la veille de whisky et de senteurs féminines, oscillant entre le doux souvenir d’un baiser et celui d’un préservatif parfumé à la cerise, je réalise qu’un rayon de soleil traverse les volets mal fermés de ma chambre à coucher, rendant pour le coup la tâche qu’est le lever un peu moins difficile qu’à l’accoutumée. Je me résous dans un premier temps à prendre une douche, afin de laver les preuves de mon alcoolisme pourtant tout sauf anonyme, puis je chasse d’un revers de la main mes derniers signes de fatigue, enfile quelques vêtements visuellement accessibles et sors humer l’air pourtant pollué d’un matin d’été indien retrouvé. Ca sent bon les discussions stériles en terrasse des cafés, les débats interminables sur le dernier Beigbeder allongé sur les quais, le rosé que l’on boit accoudé sur le dos d’une serveuse, bref, il fait tellement beau que pour la première fois depuis 1924, je décide de prendre le métro! Délaissant mon chauffeur privé surement épuisé par les trente mille trajets que je lui demande d’effectuer, entre le Montana et mon 500 mètres carrés parisien, j’entre dans la rame et m’assieds sur le premier strapontin qui passait par là. C’est à ce moment précis qu’en relevant la tête et en regardant autour de moi, j’ai pu constater que ce qui ressemblait, à première vue, à une hallucination purement dictée par mon esprit malade était en réalité tout sauf un mirage: non d’un cul, aucune jupe à l’horizon. Pas l’ombre d’UNE!

Me frottant les yeux, pris de vertiges, je sortis à l’arrêt suivant puis me précipitai hors de la station afin de pouvoir tranquillement balader mes yeux à défaut d’une main sur ces merveilleux tissus que ces divines créatures ressortent dès les premiers rayons de soleil apparents. Sauf qu’encore une fois, mon regard caché par la teinture de mes verres ne trouva en retour que de vulgaires jeans même pas slims, des baskets qui rendraient Kate Moss aussi baisable qu’un lévrier afghan, des pulls à col roulés alors qu’il fait 24 degrés, j’ai même vu des burquas habiller les plus beaux modèles du quartier! Je me mis alors à dévaler la rue, aussi effrayé qu’un enfant ayant perdu son doudou et même prêt à me réfugier sous les jupons de ma mère pour être rassuré, mais rien à faire, les jambes de ces demoiselles sont aussi couvertes qu’un court de Wimbledon en cas de pluie.

Arrivant près d’un kiosque, essoufflé et me retenant de cracher mes trois poumons (conséquence miraculeuse d’une intoxication aux particules de pollution)  je constatai que la une des journaux traitait du même sujet, et c’est avec stupéfaction que j’appris que par un décret exceptionnel, l’usage de la jupe et de toute autre tissu suggestif venait d’être interdit pour violation des moeurs et des consciences! En effet, lassées d’être les victimes permanentes de l’incapacité de certains hommes à contenir leurs pulsions, les femmes des 28 principaux courants féministes, celles de l’association des catholiques à tendance lesbienne, Christine Boutin et une ancienne prostituée bulgare toxicomane aujourd’hui reconvertie dans la fabrication de pâtes alimentaires, à force de lobby et de pression, ont fait adopter ce décret dans l’urgence, sous l’impulsion de Tristane Banon, victime de sa 2451e tentative de viol. C’est ainsi qu’une bonne partie de la gente masculine se retrouva dans l’obligation de passer de l’autre côté, celui de la découverte de nouvelles contrées, et que le taux de natalité de la France fut réduit à néant dans les trois jours qui suivirent.

C’est à ce moment là que je me suis réveillé, en panique, des perles de sueur dansant encore la salsa sur mon front luisant et brûlant, tremblant de tous mes membres et suffoquant au souvenir de cette horreur nuitée. Je m’aperçus alors que les rayons de soleil de mon cauchemar étaient bien réels et que grâce à eux, mon esprit s’était remis en ordre de marche. Encore sous le choc, je me suis levé non sans difficulté, j’ai ouvert la fenêtre d’un geste fébrile pour constater que ma voisine du 4e bronzait sur sa terrasse, cheveux au vent et jupe jusqu’à mi-cuisse. Poussant un soupir mêlant soulagement et plaisir visuel, je m’éloignai de la balustrade, me rallongeai sur mes draps souillés par mes angoisses nocturnes et réprimait avec difficulté un large sourire qui s’étala le long de mon visage. J’allais encore pouvoir me délecter de ces jambes interminables qui alimentent mes fantasmes, allument mon désir et rivalisent avec n’importe quel film érotique des années 80. Et je me suis dit: heureusement que ma discrétion, mon self-control et mon respect de la gente féminine (mais si, mais si!) me sauvent de cette interdiction totale qui avait structuré mon rêve. Ah! Si seulement tous les hommes me ressemblaient…

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