Archive | juin, 2014

Ne Mélenchon pas serviettes et torchons

11 Juin

Image

Le merveilleux pays dans lequel nous vivons, par le biais de ses habitants résidentiels ou locataires (dans lequel je m’inclus donc), a toujours eu cette étonnante capacité à générer une ambiance globalement pourrie lorsqu’il s’exprime sur des sujets qui n’en demandaient pas tant. De la grève des cheminots aux réformes présidentielles, de l’élection de Miss France au concours de l’Eurovision, de la cérémonie des Césars au salon de l’Agriculture en passant par le congrès annuel du rassemblement des catholiques pro-israéliens amateurs de charcuterie corse, chaque événement pouvant bousculer quelque peu notre routine quotidienne parvient toujours à cliver les différentes catégories de la population française, du bobo parisien au prolo provincial, construisant ainsi des minis murs de Berlin entre ceux qui encensent et ceux qui déguelent. Enfonceur de portes ouvertes et enfileur de clichés que je suis, je me retiendrais cependant d’établir un quelconque parallèle entre cette faculté et la nationalité inscrite sur notre passeport, ne voulant pas prendre le risque de me faire expulser manu militari dans une dernière et sublime valse, sachant que mes bagages sont déjà prêts pour 2017 (ne sait-on jamais), et que rien ne vous ferait plus plaisir que de me voir me faire la malle tant je vous fascine autant que je vous agace. Bref, soyez tranquilles, je dispose suffisamment de mépris et d’énergie pour vous parler de ce qui fait buzz et oups en ce moment, à savoir la Coupe du Monde de football organisée au Brésil et qui démarre dans quelques heures. Samba!

En effet, et vous comprendrez enfin où je voulais en venir au début de cet article, voilà déjà plusieurs mois que les pires langues de putes s’égosillent sur un sujet qui revient si souvent dans la bouche de tout le monde qu’il serait trop con de ne pas posséder un avis dessus, soit-il totalement guidé par les nouveaux Che Guevara du XXIe siècle, ceux qui se sentent pousser des ailes mélenchonistes et qui sont prêt à tout pour cracher sur le foot, ce sport pratiqué par des multi-millionnaires – que dis-je! Milliardaires! – écervelés courant derrière un ballon sur du gazon devant des abrutis qui ne savent même pas compter sur leur pouce. Oui, pour eux, il est clair comme de l’eau d’Alain Roche que lorsque l’on est doté un minimum de matière grise, il est inconcevable de perdre son temps à se consacrer à ce loisir générant autant de fric et qu’il vaut mieux dépenser le sien au théâtre ou pour un bon resto déserté les soirs de match. Alors quand il s’agit d’épiloguer sur les dérives de l’organisation de l’événement le plus rassembleur pour ces amateurs qui ont encore le toupet d’aimer ce sport, c’est la course effrénée, le marathon de la bonne parole et de l’indignation téléguidée!

Cela établit des barrières que même Jean-Marie Le Pen se garderait bien de franchir – lui qui a pourtant subi une ablation de la retenue -. Ca use le principe du clivage jusqu’à l’intestin grêle! On en arrive à affirmer que tous ceux qui ne souhaitent que passer un bon moment devant ce rendez-vous cautionnent les pratiques scandaleuses d’une fédération qui n’a de fédératrice que le nom et sont à jeter dans le bain bouillant le plus proche! Cela se trouve des atomes crochus avec le peuple brésilien quand ils n’ont finalement de brésilien que la caipirinha qu’ils payent 12 euros dans un bar miteux, pourtant alimenté par le trafic de stupéfiants et de putes européennes tendance-Est fraichement débarquées d’Ukraine ; cela défend les SDF maltraités et virés par les forces présentes sur place quand on sait que certains seraient prêt à débarquer avec une kalachnikov pour renvoyer celui qui mendie devant la station de métro qu’ils empruntent tous les jours. Qu’elle est belle, la mutinerie! Boycottons la Coupe du Monde au Brésil, putain! Donnons nous tous la main et fumons des joints en écoutant Saez! Renversons la Bastille, prenons l’Elysée et TF1 en otage! Mais BORDEL, qu’on les fasse tous CREVER!

Du coup, je me barricade chez moi, entouré de bières et de pizzas, le main vissée sur la télécommande et l’autre sur le MK47 que je ne sors qu’en cas d’urgence! Je paranoie un max, on est jamais trop prudent, pour peu que je sois pris en flagrant délire d’orgasme sur un but de Benzema, une caresse de Ronaldo ou un missile de Van Persie! Je mets du barbelé autour de ma télé, j’engage des gardes frontaliers allemands devant ma porte, piochés au hasard durant les célébrations du Débarquement et nostalgiques de ce temps béni où un simple bras levé suffisait pour effrayer, mais rien n’y fait, je suis aussi apeuré qu’un chauffeur de taxi devant un VTC! Je fais des rêves où l’on me brûle en place publique comme une vulgaire Jeanne d’Arc! « Approchez approchez, messieurs dames! Veuillez assister à l’exécution sommaire de ce mécréant qui a osé passer plus de 20 minutes devant Honduras-Suisse en se grattant les parties génitales dans un survêtement de la marque Nike, sombre sponsor qui participe à l’oppression d’un peuple qui demandait de l’attention sur tellement d’autres domaines! » Et c’est généralement après que le bourreau ait aiguisé sa hache sur mon cou que je me rends compte que je lisais simplement les commentaires Facebook de la page d’une vieille connaissance, qui n’a pourtant jamais été foutue de faire quelque chose de ses mains ou de ses pieds.

Alors pour que je puisse enfin me prélasser devant mon écran de télévision surdimensionné, le même qui vous permet de vous griller les neurones devant The Voice, permettez moi de vous apprendre que, oui, on peut aimer viscéralement un sport, apprécier son côté tactique, les beaux gestes techniques de ceux qui le pratiquent au plus au niveau ou même devant l’école du quartier, la joie de regarder un match avec ses amis tout en étant conscient des dérives qu’il engendre au sommet de sa hiérarchie, comme on peut apprécier de déguster des pâtes de la marque Barilla sans cautionner les propos homophobes de son PDG. Oui, je dénonce ce qu’il se passe au Brésil en tant que victime du système capitaliste, rappelant au passage que nous le sommes tous de par la marque de notre téléphone jusqu’aux chaussures que nous portons. Sachez enfin que la perspective de crier un soir de victoire sur les Champs Elysées en dévalant les pavés me fera toujours plus bander que n’importe quel épisode de Game Of Thrones. Et croyez-moi, en ces temps troublés, on aurait bien besoin d’une Coupe du Monde remportée.