The End, my friend.

1 Jan

En cette fin d’année, et à l’heure où les bilans en tout genre se dressent sur l’autel de nos espoirs pas si secrets pour l’année suivante, j’en profite pour adresser un dernier message à tous ceux qui ont participé, de prêt ou de loin, à la Manif pour Tous.

Vous qui avez poussé le vice (embêtant pour des catholiques) de l’intolérance jusqu’à emmener vos propres enfants lors de ces rassemblements, je rêve du jour où votre petit Pierre-Alexandre ou votre chère Marie-Charlotte vous révèlera, au cours du déjeuner familial qui suit la messe du dimanche, entre deux hosties et trois caresses de prêtres, son côté diabolique en confessant sa préférence pour tout ce qui vous semble contre-nature. De là, il se souviendra des mots que vous employiez jadis pour décrire « ces gens-là », de votre véracité quant à une ministre certes venant des îles mais bien plus cultivée que vous tous réunis, de vos insultes, du cadre étriqué et moyen-âgeux que vous lui avez imposé lorsque, haut comme trois pommes, vous le fouettiez à coups de « Notre Père » tout en l’exposant à toutes ces dérives en les enfermant dans des pensionnats où toute présence de sexe opposé était bannie.

Et croyez-moi, ce jour là, la mine réjouie et le sourire triomphant, je me mettrai à rire. A rire fort, sans aucune retenue, jubilant littéralement de votre désarroi tout en guettant le moment où vous essayerez de vous convaincre que cette personne ne peut pas être de votre sang. Et vous savez quoi? Vous l’aurez bien mérité.

Quant à tous les autres, je vous la souhaite bonne, longue, et vigoureuse. Oui, je parle bien de l’année 2014.

Bonne cuite à tous.

One For The Road

4 Déc

Il n’est jamais chose aisée que de revenir après une longue absence. Quelle tâche ardue que de combler un manque affectif proportionnel au nombre de jours passés sans l’autre, s’excuser à genoux, rentrer la queue basse (si l’on peut dire), le regard aussi vide que le cerveau de Nabilla, promettre des choses qu’on ne pourra jamais tenir, aussi sincères soient elles, puisque de toutes façons, le naturel reviendra toujours galoper sur les plates-bandes de nos artifices. Bref, en reprenant ce blog après presque 1 mois sans aucune publication, je sens soudain vos regards de malades compulsifs me dévisager avec mépris et insistance. Me voilà pris dans les mailles du filet d’une Toile qui réclame son lot de mots qui font clash, buzz et oups, avide de débats sur la compétence intellectuelle de footballeurs kidnappés à 15 ans par un centre de formation et qui, grand mal leur en fasse, ne savent même pas épeler le mot « hippopotame » et chanter l’hymne national. Il va falloir alterner caustique, méchanceté gratuite tout en « mal-pensance », taper sur tout ce qui bouge et même ce qu’il ne bouge plus (salut, Paul Walker) pour donner tout ça en pâture à vous, chers drogués du web.

Sauf que moi, je n’en ai pas envie. Je tombe mal me direz vous, et ceux qui me côtoient connaissent bien mon goût prononcé à cracher systématiquement sur tout ce qui est « mainstream » et à me lamenter sur une société qui fait disparaitre progressivement tout ce que j’aime. Demandez donc à un éditeur s’il se porte bien, auquel cas il vous répondra avec la même délicatesse que celle d’un ouvrier de chez Peugeot dont l’usine est condamnée à fermer, et où un patron a bien failli se faire la malle, fut elle remplie de millions d’euros; osez lancer le débat avec un projectionniste sur la fréquentation des cinémas de France et il vous enverra aller voir chez les Grecs s’ils y sont (encore); séquestrez un directeur artistique de label pour lui faire avouer tout le bien qu’il pense du téléchargement illégal et des artistes qu’il est obligé de signer pour réaliser quelques menus bénéfices; comparez enfin les unes des newsmagazines qui ne sont plus à une (deux, trois, quatre) contradiction(s) près, capables de faire élire un homme à la tête de l’Etat et de le sodomiser avec une branche d’arbre de la forêt amazonienne deux mois plus tard. Bref, je pourrai passer des heures entières à pisser dans un violon et en enfonçant des portes déjà ouvertes qui laissent filer les bruits de chiotte en tous genres.

Peine perdue, donc. Car ce long mois d’absence, je l’ai passé au Zénith de Paris ,à écouter des artistes merveilleux qui savent soulever une foule en bougeant ne serait ce qu’un orteil, et qui laissent entendre que non, nous ne sommes pas foutus et que nous avons encore le droit de rêver ne serait ce que pendant deux heures. 120 minutes (de bonheur) au cour desquelles nous pouvons tout nous permettre: danser, embrasser son voisin de gauche, sauter dans tous les sens, s’égosiller comme un puceau sans avoir peur de passer pour un illuminé. Dans ce concert quotidien de langues de vipères, je suis ravi de croire à des lendemains qui chantent.

You May Say I’m A Dreamer, But I’m Not The Only One

6 Nov

En m’asseyant à mon bureau tout en allumant mon ordinateur, après avoir passé une nuit blanche dans une boîte branchée parisienne (pléonasme) et m’être saoulé avec une demi-douzaine de vodkas pomme, une réflexion inhérente à mon état mais justifiée eu égard de mon intelligence me traversa l’esprit: pourquoi suis je incapable de supporter tout ce bordel ambiant autour de moi et de millions de français, subissant chaque jour du chômage, de la précarité, du racisme, de la crise en pagaille, des manifs en veux-tu en voilà. Moi qui ai tout de même consacré 3 ans de ma vie à des études étroitement liées à tous ces faits divers et variés, en côtoyant des personnes qui étaient prêtes à sacrifier leur vie pour défendre une conviction, devenant au passage insupportables à la moindre réserve, guettant la moindre faille pour m’enfoncer leurs arguments semblables soudain à de véritables pieux, les planter en moi, pauvre petit vampire qui ne ferait même pas de mal à un hémophile. Voilà pourquoi ce soir, j’ai décidé de parler de toute l’actualité, pour prouver à toutes ces Buffy que je suis prêt moi aussi à mourir pour des idées.

J’ai donc arpenté tous les sites d’actualité, les quotidiens nationaux, régionaux, départementaux, les hebdos, les mensuels, les magasines d’économie, Moto-Cross Annuel et le tract du parti radical des sans papiers bulgares. Autant vous dire qu’à chaque nouvelle lecture, mon ambition démesurée de jeune révolté réécrivant l’Internationale de demain coincé dans le RER s’est vite transformée en dépression caractérisée d’un étudiant chômeur à la fac de lettres de Dijon. Mais quel bordel! Des journalistes exécutés, des Bretons qui font la Révolution, la marque Banania qui fait son retour dans les Manifs pour Tous, les Américains qui espionnent nos conversations sur l’achat des cadeaux de Noel, des PDG de foot qui font grève, merde! Autant vous dire que mon érection idéologique miraculeuse s’en est vite retrouvée amoindrie. Tandis que je lisais le dernier rapport de la Crif sur l’antisémitisme inconscient chez les profs de maths ménopausées, le doux son d’une mélodie parvint à mes oreilles. Je me suis alors levé pour tenter d’identifier sa source, tel un somnambule, pour m’apercevoir qu’elle provenait de mon casque relié à mon mp3, qui avait eu le temps de faire défiler l’intégrale de ma playlist. Je me suis allongé sur mon lit, j’ai enfilé ces mini enceintes et me voilà plongé durant plusieurs heures dans un océan de guitares, de voix éraillées et de lignes de voix divines. Plus rien ne comptait à ce moment là, il pouvait pleuvoir du facho, neiger du lacrymo, ma combinaison musicale était suffisamment imposante pour me protéger des tempêtes médiatiques.

La batterie de mon appareil finit par s’épuiser, au moment où je finissais l’écoute de cet album déjà entendu des milliers de fois, mais qui me procurait toujours la même jouissance corporelle. C’est ainsi que je finis par me rendre à l’évidence, comprenant enfin pourquoi tous ces gens rencontrés durant mon parcours universitaire avaient fini par boire tout mon sang. Devant une réalité si oppressante, des inégalités qui ne cessent de se creuser, des boucs-émissaires montrés du doigt en place publique, je préfèrerai toujours à ces faits réels l’évasion auditive. C’est peut être lâche, voire totalement immature, mais dans ce concert perpétuel de mauvaises nouvelles, heureusement qu’il reste un peu de rêve qu’aucun homme politique ne parviendra à m’offrir.

Oh Baby, We’ll Be Old

30 Oct

Vous le savez sans doute, et si vous ne le savez pas, je vais vous demander de quitter cette page, mais j’ai horreur du premier degré. Ce discours linéaire et sans fantaisie donnant l’impression qu’on prêche la bonne parole et qu’aucune autre pensée ne mériterait le demi d’un quart d’intérêt m’a toujours gonflé. J’aime quand, à un moment donné, une pirouette se glisse dans cette langue de bois, une fantaisie nait dans les yeux du protagoniste et permet un certain détachement, nécessaire voire même vital pour moi. Les premiers billets de ce blog vous avaient mis sur la voie, je vous l’accorde. Mais aujourd’hui, je vais me sacrifier sur l’autel du premier degré car je ne trouve aucune autre façon de parler de cet événement, tragique s’il en est, qu’est la disparition d’une des mes idoles: monsieur Lou Reed.

Jeune adolescent, je m’amusais à piquer les Ray-Ban Aviator de mon père, à prendre une guitare trop grande pour moi et à chanter « Walk On The Wild Side » devant la glace de ma chambre, avec une voix hésitant encore entre la soprano d’opéra et le fumeur de gitanes sans filtres. Je mettais des t-shirts à l’effigie du Velvet Underground (la fameuse banane de Warhol), je peinais à rentrer dans un jean slim et j’avais encore cette naiveté de penser que je pouvais être de ceux là, de ces dieux inaccessibles au goût prononcé pour la débauche et le rock. Je fumais des clopes et de l’herbe en écoutant « Sweet Jane » avec ma copine de l’époque, Marie, en tentant de refaire le monde tout en pestant contre ce dernier, me demandant pourquoi on préférait la dernière bouse capitaliste disponible sur le marché à cette merveille. Je fantasmais devant Nico, prémices de mes premiers émois adolescents, espérant devenir l’homme convoité dans « Waiting For The Men » tout en ignorant tout de l’héroine, la mienne me faisant rêver par ses jambes et cette chevelure blonde, si bien que je cherchais dans mon entourage celle qui pouvait mettre de telles bottes avant de me botter le cul ou autre chose. Je pleurais mon chagrin d’amour du mois en me lamentant sur « Coney Island Baby » et me mettant à envier Robinson Crusoé sur son île déserte, île sur laquelle je voulais m’exiler et soigner mon pauvre petit coeur de rocker, ou encore m’égarer à Berlin afin de me transformer en animal rock’n’roll.

Avec Lou Reed, c’est donc toute une partie de moi qui s’envole avec lui, me laissant avec tant d’autres orphelin d’une époque de notre vie où l’espoir étant encore permis, l’inaccessible encore possible et où rien ne comptait plus que de se laisser porter par ses mélodies, sa voix d’homme blessé et son incroyable aura. Du premier album du Velvet, on disait qu’à sa sortie, seules 1000 personnes l’avaient acheté, mais toutes avaient formé un groupe par la suite. Si ces tentatives ne furent souvent pas bien fructueuses, tout néophyte aura néanmoins caressé le rêve de marcher sur les empreintes de celui qui faisait son admiration, et tant pis si on le prenait pour un dingue. Au moins, il se sera rapproché de son idole sur ce point.

Salut Lou, et à un de ces jours.

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Comment j’ai renfloué mon égo

19 Oct

En ce samedi 19 octobre, à l’heure où les ramenards dans mon genre peaufinent encore leurs mèches ondulées afin de paraitre plus présentable que son voisin à la soirée branchée du coin, espérant ramener autre chose que des relevés de carte bancaire, serait ce une fille ou une cuite, je me prépare à renouveler mon blog pour la 300e fois, ce qui équivaut à autant de revirements qu’un militant UMP à propos du Front National. En effet, dans un monde où nous avons la chance de pouvoir nous exprimer en totale liberté sur la toile, prenant le risque de subir les sarcasmes de connards pré-pubères, et vas y que je ne suis pas d’accord, et vas y que je pense ça, et vas y que je t’emmerde; bref, à l’heure de l’avènement 2.0, voilà la plateforme idéale pour faire part de ses indignations, de ses réjouissances et autres avis en tout genre.

Et il y en a des choses à dire en 2013, des choses qui se passent, des hommes politiques qui se bouffent entre eux, des paroles libérées qui foutent les jetons, il y aurait tant à écrire sur les valeurs de certains, les coups de sang de l’autre, et d’ailleurs personne ne s’en prive! Il n’y a qu’à voir Twitter où le dernier des abrutis shooté à Maitre Gims peut s’épancher en toute impunité sur le sort des sans papiers kosovares (ou italiens, on ne sait plus), alors que ses mains semblent plus fatiguées par des heures de masturbation compulsive plutôt que par le feuilletage du dernier Alain Minc. Ah, qu’elle est belle, la démocratie du web! Pouvoir enfin se lâcher, balancer toutes nos réflexions, fussent elles à chier. Taper sur une émission de télé, pourquoi se priver? Après tout, ils gagnent du pognon, et des tonnes en plus, alors ils pourraient au moins nous laisser les insulter, ces feignasses trop payées, ces bobos qui se retrouvent au Café de Flore en sirotant des mojitos sous le soleil, précisément! De plus, ce merveilleux outil nous permet de rester anonyme, afin d’éviter un fichage, devrais je dire un flicage pouvant laisser l’augmentation que nous avons demandée au patron nous passer sous le nez. C’est qu’il est flippant monsieur Dufion, il serait capable de nous espionner pour nous enfoncer quand on ose ouvrir notre bouche! Gardons la fermée et utilisons nos doigts, ce qui nous fera économiser de la salive lorsqu’on dira à notre connasse de femme que le vin est bouchonné et le rôti pas assez cuit.

Après avoir lu ce paragraphe, vous constaterez non sans mal que l’on peut dire beaucoup de bêtises sur internet, et que j’ai donc décidé d’y ajouter les miennes. Pourquoi, me direz vous? Après tout, que faire de l’avis d’un étudiant d’à peine plus de 20 ans, parisien et donc méprisant, faussement cultivé et prêt à tout pour accrocher la culotte de la première pucelle venue sur le mur de sa chambre? Quel intérêt? Tu t’es regardé, toi? A cet âge là, on ne pense pas, on en est qu’aux premiers balbutiements philosophiques, on est manipulé par son entourage, incapable de distinguer la réalité de l’utopie! C’est précisément là que réside l’objet de ma démarche: si tu t’en fous, qu’est ce que tu fais là, p’tit con? Es tu assez masochiste pour lire des choses, fussent elles brillamment écrites, dont tu te fiches comme de ta première fiche de paie? Fiché ou non, ton patron verra forcément que tu as fait un tour ici, tant ce blog cartonnera auprès de toute la blogosphère de par sa prose, me permettant de renflouer mon égo dans les bars que je fréquentais jadis tel un anonyme.

Ca sert peut être à ça finalement, internet. Sortir de l’inconnu en racontant des conneries pour se faire remarquer. Si la véritable finalité est là, permettez moi de faire de même, en essayant tout de même de rendre mes pensées agréables à l’oeil, en apportant une imagination, un degré, un esprit que tout le monde n’a peut être pas, tout simplement car quand on a 21 ans, des rêves plein la tête et des choses à dire, la meilleure façon de réaliser ses fantasmes reste encore de les partager.